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Camping: l’économie collaborative plante sa tente au Québec.

Publié le 11 avril 2017 à 10h02 | Mis à jour le 11 avril 2017 à 10h02

RVandBee veut mettre en contact des propriétaires désireux... (Photo tirée du site RVandBee)

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RVandBee veut mettre en contact des propriétaires désireux de louer une parcelle de leur terrain avec des campeurs qui, eux, cherchent à planter leur tente dans des endroits plus calmes.

Photo tirée du site RVandBee

Il fallait s’y attendre: après les plateformes d’hébergement chez l’habitant comme Airbnb et BedyCasa, voilà que l’économie collaborative se met au camping. Un nouveau site, RVandBee, entend conquérir le marché non seulement du Québec, mais aussi du Canada, voire des États-Unis.

En gros, RVandBee veut mettre en contact des propriétaires désireux de louer une parcelle de leur terrain avec des campeurs qui, eux, cherchent à planter leur tente dans des endroits plus calmes, moins fréquentés ou plus originaux que les terrains de camping classiques, ou alors dans des régions où ils sont soit inexistants, soit toujours pleins.

Mais Camping Québec, qui regroupe les propriétaires de terrains de camping du Québec, craint une concurrence déloyale, un peu comme les hôteliers vis-à-vis d’Airbnb. Aussi, dans un communiqué publié le 27 mars dernier, l’organisme rappelle que les offres de service diffusées sur RVandBee «sont assujetties à la Loi sur les établissements d’hébergement touristique » (créée à la suite des protestations des hôteliers, justement) et que les annonceurs «devront s’y conformer, c’est-à-dire faire le choix entre obtenir une attestation de classification ou cesser leurs opérations».

«Déjà, nous avons envoyé des avis d’information à la plupart des annonceurs de la plateforme, dit Simon Tessier, PDG de Camping Québec. Nous allons d’abord sensibiliser les gens au fait qu’ils sont dans l’illégalité et les informer de la façon dont ils peuvent régulariser leur situation.»

Travail collaboratif

Daniel Picard, fondateur de RVandBee, soutient pour sa part que son objectif est de travailler avec le gouvernement et les propriétaires de camping, non pas de faire une concurrence déloyale à ces derniers ni de contourner la loi.

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«La plupart des particuliers qui souhaitent louer une parcelle de leur terrain ne font pas ça pour l’argent, mais pour le plaisir de rencontrer des gens.

«Dans le cas d’une personne qui loue un bout de son terrain à une famille, par exemple, les frais d’adhésion à Camping Québec et les obligations que cela comporte sont exorbitants. Il faut trouver un compromis qui satisfasse toutes les parties. Nous sommes d’ailleurs en pourparlers avec la ministre du Tourisme à ce sujet.»

D’ailleurs, loin de vouloir concurrencer les terrains de camping établis, M. Picard songe plutôt à en faire des partenaires. «Ils pourraient par exemple, dans les périodes de grande affluence, diriger chez nos membres les campeurs qu’ils ne peuvent accueillir, tout en leur permettant de profiter de leurs installations.»

Il croit que son entreprise sera bénéfique pour les économies locales. «Les campeurs ont besoin de services – vidange de réservoir septique, carburant, denrées, services, divertissements… Tout ça va créer de l’emploi dans les régions, qui en ont bien besoin.»

Il cite l’exemple d’églises de village qui ont accepté de louer leur stationnement, où l’on va inviter les producteurs fermiers à proposer leurs produits aux caravaniers dans de petits marchés créés pour l’occasion.

RVandBee propose environ 200 emplacements individuels de camping, tant... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse) - image 2.0

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RVandBee propose environ 200 emplacements individuels de camping, tant pour les véhicules récréatifs que pour les tentes – même si, comme son nom l’indique, l’entreprise vise surtout les VR.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

Lui-même Huron-Wendat, Daniel Picard songe aussi aux communautés autochtones comme Wemotaci, Wôlinak ou Odanak, auxquelles RVandBee entend s’associer pour offrir, notamment, des forfaits pow-wow. «Une façon de créer de l’emploi dans ces communautés et de faire mieux connaître la culture des Premières Nations.»

RVandBee, qui existe depuis deux ans, compte à ce jour une centaine de membres et propose environ 200 emplacements individuels de camping, tant pour les véhicules récréatifs que pour les tentes – même si, comme son nom l’indique, l’entreprise vise surtout les VR. La nouvelle application sera en ligne dès que les pourparlers avec le ministère du Tourisme auront abouti à une entente.

L’exemple de la France

En France, le site Gamping, fondé en 2013, connaît une croissance exponentielle: «Fin 2013, nous comptions 200 emplacements, déclare Joseph Léopold, cofondateur et PDG de Gamping. Nous en comptons aujourd’hui plus de 8500 et nous espérons dépasser les 10 000 dans les 3 prochains mois.»

Quant à un éventuel conflit avec les campings «officiels», il semble d’ores et déjà exclu: «Certains reconnaissent même que nos propositions sont suffisamment différentes pour ne pas être en concurrence frontale, dit M. Léopold. Plus il y aura de choix pour les campeurs (camping, gamping…), plus les voyageurs envisageront de tester cette forme d’hébergement: en 2016, un « gampeur » sur deux a déclaré n’avoir jamais campé auparavant.»

Enfin, lui aussi estime que la société a tout à gagner dans cette forme d’échange: «Le gamping apporte tellement de solutions – pour les hôtes, pour les campeurs, pour les zones reculées, pour la protection de la nature, pour la création de liens et la mixité sociale – qu’il est difficilement envisageable que cette initiative puisse être stoppée si elle est bien encadrée. Ne dit-on pas que les règles sont faites pour être changées?»

http://www.lapresse.ca/voyage/destinations/quebec/201704/11/01-5087472-camping-leconomie-collaborative-plante-sa-tente-au-quebec.php

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