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LES ÉTUDIANTS AMÉRICAINS SONT CINQ FOIS PLUS NOMBREUX À CRÉER LEUR ENTREPRISE .

« La moitié de l’amphi lève la main», s’amuse Michel Bernasconi, directeur développement de la Skema Business School.

SI LA CRÉATION D’ENTREPRISE fait autant d’émules, c’est aussi qu’elle est de mieux en mieux soutenue. Plus une école d’ingénieurs ou de commerce qui ne l’inscrive à son programme. Sans parler des formations 100% entrepreneuriat qui, du bachelor Jeune Entrepreneur de l’EM Strasbourg aux masters spécialisés des universités (IAE de Lyon, Greno ble, Lille), se comptent par dizaines. Jusqu’à devenir la voie royale. « Depuis deux ans, la majeure Entrepreneuriat a détrôné celle de Finan ce dans le choix de nos élèves en dernière année », révèle ainsi Etienne Krieger, professeur à HEC.

D’autant que depuis 2014 – et c’est une première mondiale – le ministère de la Recherche a lancé le statut d’« étudiant-entrepreneur ». A la clé, démarches facilitées, aménagement des études, avantages sociaux étudiants prorogés après le diplôme… Ce dispositif voit ses effec tifs doubler chaque année. Et pour ceux qui sautent le pas, des incubateurs éclosent partout en France pour les aider à développer leur projet. Avec leurs espaces de coworking, séances de coaching et réseaux d’investisseurs, on en recense une centaine réservée aux étudiants, la plus forte proportion d’Europe ! Energie éolienne à Skema, paris sportifs à l’ESC Brest, restauration rapide russe à l’ESC Troyes… la variété des business qui y sont développés a de quoi nous rendre optimistes.

Enfin, l’entrepreneuriat fait d’autant plus rêver nos jeunes qu’il est plus accessible et mieux financé. Déjà, la technologie s’est considérablement démocratisée. Qu’il s’agisse de créer une plate-forme Web, une appli pour mobile ou d’acheter un logiciel 3D, « les coûts ont été divisés par dix en cinq ans », rappelle Christophe Yver, directeur de l’Institut de l’entrepre-neuriat à EM Normandie. Et puis, pour les projets exigeant beaucoup de R & D, le crédit d’impôt recherche, le statut de jeune entreprise innovante (JEI) et les aides de Bpifrance font de l’écosystème tricolore un des plus attractifs d’Europe.

Dernière bonne nouvelle : les financements sont plus accessibles. Grâce notamment à l’essor du crowdfunding, des prêts à taux zéro accordés par les établissements et des prix récompensant les meilleurs projets. Comme celui du Moovjee (Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs), qui alloue chaque année 150 000 euros répartis entre une vingtaine de lauréats.

Simon Champagne, Itech Lyon Son projet : Les cuirs champagne Amateur de beaux objets high-tech, il fabrique des coques de smartphones en agneau, au parfum de son choix.
Simon Champagne, Itech Lyon Son projet : Les cuirs champagne Amateur de beaux objets high-tech, il fabrique des coques de smartphones en agneau, au parfum de son choix.
Titouan Galopin, UTC Compiègne Son projet : Compibus Son appli géolocalise les arrêts de bus et informe sur les horaires de passage et les itinéraires pour sa ville de Compiègne.
Titouan Galopin, UTC Compiègne Son projet : Compibus Son appli géolocalise les arrêts de bus et informe sur les horaires de passage et les itinéraires pour sa ville de Compiègne.
Loubna Ksibi, Donia Amamra, univ. Paris-Dauphine et IEP Paris Leur projet : Mama cook'in Cette start-up solidaire permet à des femmes immigrées de venir chez vous préparer leurs spécialités culinaires.
Loubna Ksibi, Donia Amamra, univ. Paris-Dauphine et IEP Paris Leur projet : Mama cook’in Cette start-up solidaire permet à des femmes immigrées de venir chez vous préparer leurs spécialités culinaires.
Arthur Escoffier, Polytech Annecy-Chambéry Son projet : Obsess Il veut créer des équipements de sport d'hiver innovants et originaux, comme des masques de ski conçus dans un matériau composite à base de bois.
Arthur Escoffier, Polytech Annecy-Chambéry Son projet : Obsess Il veut créer des équipements de sport d’hiver innovants et originaux, comme des masques de ski conçus dans un matériau composite à base de bois.
Simon Laurent, UTC Compiègne Son projet : Keylight Avec son appli révolutionnaire, plus besoin de clé pour ouvrir une porte ! Il suffira d'utiliser le flash de son smart-phone pour déverrouiller la serrure, elle-même connectée.
Simon Laurent, UTC Compiègne Son projet : Keylight Avec son appli révolutionnaire, plus besoin de clé pour ouvrir une porte ! Il suffira d’utiliser le flash de son smart-phone pour déverrouiller la serrure, elle-même connectée.
Olivier Le Bas, Grenoble Ecole de management Son projet : Catchads Il veut appliquer aux panneaux d'affichage extérieurs (aéroports, métro…) la vente aux enchères de pubs via un système automatisé en temps réel.
Olivier Le Bas, Grenoble Ecole de management Son projet : Catchads Il veut appliquer aux panneaux d’affichage extérieurs (aéroports, métro…) la vente aux enchères de pubs via un système automatisé en temps réel.

NE POUSSONS PAS LE COCORICO trop fort non plus. Même s’ils sont plus nombreux, 3% seulement des étudiants français créent leur entreprise, soit cinq fois moins que leurs pairs américains. Mais vu la lame de fond qui émerge chez nous, quelques mesures suffiraient à combler cet écart. En amont, déjà, pour sensibiliser les élèves dès le secondaire. L’an dernier, l’association Entre prendre pour apprendre (EPA) a permis à 27 000 collégiens et lycéens de participer à une mini-entreprise. « Mais avec notre réseau de parrains bénévoles, on pourrait en toucher trois fois plus, assure son président, Julien Vasseur. Reste à convaincre les profs… » D’autres, comme Francis Bécard, vice-président de la Conférence des grandes écoles (CGE), proposent de créer une filière entrepreneuriat/études sur le modèle sport/ études. En aval, c’est la fiscalité qui pèche. Elle est de 35% sur les plus-values réalisées par l’entrepreneur vendant sa start-up contre 20 à 25% dans le reste de l’Europe. D’ailleurs, le lobby de l’entrepreneuriat du numérique France Digital va multiplier les rendez-vous avec les équipes d’Emmanuel Macron et de François Fillon, notamment, pour qu’ils inscrivent cette réforme à leur programme.

  • Capital.
  • N° 305
  • janvier 2017
  • Page 28
  • 856 mots
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