L’entreprise française se féminise.

L’entreprise française se féminise

Selon l’étude Ethics & Boards, que nous pu­blions dans son in­té­gra­lité, les groupes du SBF 120 ont ac­cé­léré les no­mi­na­tions de femmes dans les conseils. La pro­gres­sion du Top-100 est pro­met­teuse.

La fon­cière Ge­cina, l’as­su­reur CNP, le pro­duc­teur d’élec­tri­cité Engie, le fa­bri­cant de cos­mé­tiques L’Oréal, le géant de la res­tau­ra­tion col­lec­tive So­dexo : « Les cinq pre­miers du pal­ma­rès 2016 de la fé­mi­ni­sa­tion des grandes en­tre­prises re­pré­sentent presque tous les sec­teurs d’ac­ti­vité, se ré­jouit Flo­riane de Saint-Pierre, pré­si­dente d’Ethics & Boards, qui a réa­lisé la qua­trième édi­tion de cette étude, dont Chal­lenges est par­te­naire, pour le mi­nis­tère des Fa­milles, de l’En­fance et des Droits des femmes. Ce ré­sul­tat, dans le­quel on re­trouve des so­cié­tés en­ga­gées de­puis long­temps en fa­veur de la fé­mi­ni­sa­tion, montre bien que toutes les en­tre­prises peuvent y ar­ri­ver. C’est une ques­tion de vo­lonté et d’an­ti­ci­pa­tion. » A condi­tion que le PDG lui-même donne le « la ». « Il faut que la vo­lonté vienne de haut pour que la dy­na­mique s’en­gage », constate la mi­nistre, Lau­rence Ros­si­gnol (lire in­ter­view ci-contre).

En 2016, les en­tre­prises du SBF 120 ont donné un coup d’ac­cé­lé­ra­teur aux no­mi­na­tions de femmes dans leurs conseils : 110 fem mes nom­mées pour 68 hommes, alors EEE

Catherine Bradley,

membre du conseil de sur­veillance de PSA Peu­geot Citroën.

Cette spé­cia­liste des pro­duits dé­ri­vés, di­plô­mée de HEC, a fait car­rière dans la fi­nance – Mer­rill Lynch, Dresd­ner Klein­wort, Cre­dit Suisse… Elle était en­core ré­cem­ment à Hong-kong pour la So­ciété gé­né­rale. Dé­sor­mais ad­mi­nis­tra­trice in­dé­pen­dante, elle siège de­puis fé­vrier au conseil du construc­teur au­to­mo­bile, dont elle pré­side le co­mité fi­nance-au­dit.

Elle est aussi ad­mi­nis­tra­trice de l’au­to­rité de ré­gu­la­tion ban­caire bri­tan­nique et de la so­ciété WS At­kins. EEE que l’écart res­tait li­mité jus­qu’à l’an der­nier, avec 73 femmes pour 75 hommes en 2013, 78 pour 69 en 2014, et 80 pour 75 en 2015. Il s’agis­sait, pour ces grands groupes, de se mettre en si­tua­tion d’at­teindre dans les dé­lais pré­vus le quota de 40 % de femmes fixé par la loi Copé-Zim­mer­mann du 27 jan­vier 2011. Selon ce texte, les en­tre­prises vi­sées par la loi – celles qui em­ploient plus de 500 sa­la­riés et dont le chiffre d’af­faires dé­passe 50 mil­lions d’eu­ros – de­vront se confor­mer à cette règle au 1er  jan­vier 2017. Or seules six en­tre­prises du CAC 40 étaient déjà prêtes l’an der­nier : Ke­ring, Pu­bli­cis, Engie, BNP Pa­ri­bas, Socié­té gé­né­rale et Da­none.

Hausse du cumul des mandats

Le mou­ve­ment s’est donc ac­cé­léré et des noms de femmes ont été pro­posés mas­si­ve­ment au vote des ac­tionnaires lors des as­sem­blées de 2016. Ré­sul­tat : au 15 sep­tembre, les en­tre­prises du SBF 120 af­fichent un taux de fé­mi­ni­sa­tion moyen de 38 % de leurs conseils d’ad­mi­nis­tra­tion ou de sur­veillance, contre 33,3 % en 2015. Des chiffres qui placent l’in­dice bour­sier de Paris loin de­vant ceux de Londres et de New York, où nul quota n’est en vi­gueur : 26,7 % de fé­mi­ni­sa­tion des conseils pour les en­tre­prises du FTSE 100, 23,1 % pour celles du DJIA.

Consé­quence de ce rat­tra­page, une nou­velle aug­men­ta­tion du cumul de man­dats chez les femmes : seules 72 % des ad­mi­nis­tra­trices EEE EEE nom­mées en 2016 n’exer­çaient

pas en­core de man­dat – contre 82 % pour les hommes. Quant aux autres, 22 % d’entre elles exer­çaient déjà un man­dat (15 % pour les hommes), 3 % en exer­çaient deux (3 % aussi pour les ad­mi­nis­tra­teurs), et 3 % au moins trois autres (aucun homme nommé en 2016 n’étant dans ce cas), à l’ins­tar de Clara Gay­mard : l’ex-pré­si­dente de GE France est en­trée au conseil de Bouygues en 2016, alors qu’elle sié­geait déjà chez Veo­lia, LVMH, Da­none et Sages – tout en pré­si­dant le Wo­men’s Forum et le fonds de do­ta­tion Raise.

Autre par­ti­cu­la­rité des pro­fils fé­mi­nins nom­més cette année : si l’on compte à peu près la même pro­por­tion de femmes que d’hommes (37,2 % vs 35,3 %) ori­gi­naires de la fi­nance ou du ju­ri­dique, les ad­mi­nis­tra­trices sont re­cru­tées plus sou­vent dans la tech­no­lo­gie et les mé­dias (18,2 % vs 13,2 %) ou dans les mi­lieux aca­dé­miques et scien­ti­fiques (6,4 % vs 2,9 %), consé­quence di­recte de l’étroi­tesse du « vi­vier » fé­mi­nin dans l’in­dus­trie et l’éner­gie (6,4 % des ad­mi­nis­tra­trices, contre 19,1 % des ad­mi­nis­tra­teurs).

Agées de 55,3 ans en moyenne, les ad­mi­nis­tra­trices res­tent plus jeunes que les hommes (60,8 ans), mais, pour la pre­mière fois de­puis 2013, la pro­por­tion de femmes étran­gères baisse lé­gè­re­ment, à 33,1 % (34 % en 2015), tan­dis que la pro­por­tion de nou­veaux ad­mi­nis­tra­teurs non fran­çais re­monte, à 24,9 %, contre 24,1 % l’an­née der­nière. En im­po­sant sa loi en 2011, Ma­rie-Jo Zim­mer­mann, dé­pu­tée (LR) de la Mo­selle, fai­sait un cal­cul à long terme : il s’agis­sait, en in­tro­dui­sant des femmes dans les conseils, de dé­clen­cher la fé­mi­ni­sa­tion de l’en­semble de la gou­ver­nance des en­tre­prises. Le prin­cipe étant que des co­mi­tés de no­mi­na­tion ex­clu­si­ve­ment mas­cu­lins ne contri­buaient pas spon­ta­né­ment à la fé­mi­ni­sa­tion des postes de di­rec­tion. Or, le pal­ma­rès 2016 reste sur ce point dé­ce­vant : alors que, de 2013 à 2016, le taux de fé­mi­ni­sa­tion des conseils est passé de 26,2 à 38 %, celui des Comex n’a aug­menté que de 12 à 14,9 %, et celui du Top-100 (l’en­ca­dre­ment), de 18,5 à 22 %. « Le mou­ve­ment est en­gagé, mais ça ne va pas assez vite », es­time Lau­rence Ros­si­gnol, pour qui le sujet « n’est pas une af­faire consen­suelle ».

Il n’est néan­moins pas in­ter­dit d’être op­ti­miste, car 36,7 % des membres des co­mi­tés de no­mi­na­tion sont au­jour­d’hui des femmes, et 32,7 % de leurs pré­si­dents sont des pré­si­dentes. « Il y a da­van­tage de pré­si­dences fé­mi­nines que dans les co­mi­tés d’au­dit, et je trouve cela for­mi­dable  », ré­sume Flo­riane de Saint-Pierre. Se mon­tre­ront-elles so­li­daires ? C’est en­core à voir.

par Anne-Ma­rie Rocco
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  • Parution : Hebdomadaire
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