Plus de 6 cadres sur 10 témoins de discrimination

L’éga­lité hommes – femmes est-elle sur la bonne voie ? c’est ce que nous avons voulu sa­voir en in­ter­ro­geant di­rec­te­ment les cadres. Pour la troi­sième année consé­cu­tive, le constat laisse peu de place au doute*.

Ma­ter­nité et car­rière : un exer­cice d’équi­li­briste. Tel est le sujet que vous re­trou­ve­rez ce mois-ci dans notre ru­brique Cadres et Di­ri­geantes, en page 62. Comme vous le consta­te­rez, en­core au­jour­d’hui, seuls 4 % des congés pa­ren­taux sont pris par les hommes, loin des 40 % de cer­tains pays nor­diques. Dans ce do­maine, l’éga­lité est donc en­core loin. Et ce n’est pas mieux dans d’autres champs, comme le sa­laire et la pro­gres­sion de car­rière. En effet, plus de 6 cadres sur 10 (65 %) dé­clarent avoir été eux-mêmes vic­times ou té­moins, dans le cadre du tra­vail, de pro­pos ou d’at­ti­tudes dis­cri­mi­na­toires en­vers une femme. Un ré­sul­tat si­mi­laire à notre en­quête de juillet 2014 et de no­vembre 2015. En re­vanche, ils ne sont que 25 % à l’avoir constaté visà-vis d’un homme. À noter que (comme dans notre pré­cé­dente édi­tion) notre panel était com­posé de 55 % de femmes et 45 % d’hommes.

DISPARITÉS DE RÉMUNÉRATION

Dans leur en­tre­prise, 70 % des per­sonnes que nous avons in­ter­ro­gées sou­lignent l’exis­tence d’une forme de pla­fond de verre. Pour 37 % des ré­pon­dants, il s’agit seule­ment d’une demi-réa­lité : le phé­no­mène freine leur as­cen­sion, mais la dis­cri­mi­na­tion n’est pas la seule cause. Pour 33 %, il s’agit tout sim­ple­ment d’une réa­lité, puisque les in­éga­li­tés per­sistent à leurs yeux. A contra­rio, 21 % consi­dèrent qu’il ne s’agit que d’un mi­rage et que les hommes et les femmes ont les mêmes chances d’ac­cé­der aux postes clés dans l’en­tre­prise. Enfin, 9 % ne se pro­noncent pas. Ces chiffres sont en­core une fois, si­mi­laires à ceux de l’an­née der­nière.

Côté sa­laires, près de 6 cadres sur 10 pensent qu’il existe bien dans leur en­tre­prise des dis­pa­ri­tés en termes de ré­mu­né­ra­tions, à com­pé­tences et postes équi­va­lents (23 % ré­pondent « non » [ils étaient 31 % en 2015] et 18 % « je ne sais pas » ). Ceux qui évoquent des dis­pa­ri­tés trouvent dans une dis­cri­mi­na­tion pure (43 % en 2016 et 2015 contre 39 % en 2014) la prin­ci­pale cause à ce dé­ca­lage. Ils évoquent en­suite le fait que « les femmes osent moins né­go­cier leur sa­laire que les hommes (22 % en 2016, 25 % en 2015 et 27 % en 2014), » un ou plu­sieurs congés ma­ter­nité pris au cours de la car­rière « (17 %), le fait que les femmes » doivent plus sou­vent s’ab­sen­ter pour s’oc­cu­per de leurs en­fants » (8 %), une longue in­ter­rup­tion de car­rière liée à un congé pa­ren­tal (4 %) et d’autres mo­tifs (6 %).

DIAGNOSTIC

Pour­quoi y a-t-il moins de femmes que d’hommes aux postes clés des grandes en­tre­prises ? Les son­dés pou­vaient don­ner plu­sieurs ré­ponses à cette ques­tion. Pour les cadres in­ter­ro­gés, la ré­ponse se trouve en pre­mier lieu dans la dis­cri­mi­na­tion (61 %). Ils s’ac­cordent en­suite pour dire que les femmes osent moins s’af­fir­mer (46 % contre 39 % en 2015), qu’elles ont moins confiance en elles (35 %) qu’elles ont moins d’am­bi­tion que les hommes (23 %) mais aussi qu’elles ne s’orientent pas vers les bonnes fi­lières (21 %). Face à ces dif­fé­rents constats, quelles so­lu­tions ? La dis­cri­mi­na­tion po­si­tive semble trou­ver peu d’écho. Moins de 3 cadres sur 10 voient dans celle-ci une bonne ré­ponse.

64 % des ré­pon­dants pensent qu’il faut nom­mer ou re­cru­ter des femmes à des postes clés de l’en­tre­prise pour per­mettre un chan­ge­ment de men­ta­lité. 38 % qu’il faut da­van­tage de femmes dans les écoles de ma­na­ge­ment, no­tam­ment les fi­lières les plus co­tées. 37 % consi­dèrent qu’il faut une meilleure re­pré­sen­ta­ti­vité dans le monde po­li­tique et 35 % qu’il faut une femme à la tête de l’en­tre­prise. Et seuls 18 % une vé­ri­table loi sur les quo­tas et des pé­na­li­tés fi­nan­cières…

Reste que la loi Copé-Zim­mer­mann du 27 jan­vier 2011 qui im­pose un quota mi­ni­mum de 20 % de femmes au sein des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion est pa­ra­doxa­le­ment plu­tôt plé­bis­ci­tée (31 % seule­ment la trouvent in­utile). Même si c’est plus pour le sym­bole (61 %) que pour son ef­fi­ca­cité (8 %) !

* Le son­dage a été réa­lisé par Cour­rier Cadres du 11 au 16 no­vembre sur la base d’un échan­tillon de 369 cadres.

par Aline Gé­rard
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