Quels emplois demain ? La réflexion est en cours…

Co­or­don­née par l’Etat, l’in­dus­trie du futur est en marche. Une étude de la Fa­brique de l’In­dus­trie tente de dres­ser les pers­pec­tives en ma­tière d’em­ploi et de for­ma­tion.

Avec la re­prise de l’in­ves­tis­se­ment, la trans­for­ma­tion nu­mé­rique, la di­gi­ta­li­sa­tion de l’in­dus­trie entrent pro­gres­si­ve­ment  dans les es­prits. Mais quel vi­sage aura l’in­dus­trie de de­main ? Pour en des­si­ner les contours, l’Etat et les in­dus­triels ont lancé « l’Al­liance pour l’in­dus­trie du futur ». Dans ce cadre, les fé­dé­ra­tions pro­fes­sion­nelles, les par­te­naires so­ciaux, les think tank mul­ti­plient les ré­flexions pour ten­ter de cer­ner les pro­blé­ma­tiques liées à l’em­ploi et ten­ter de dé­fi­nir les mé­tiers de de­main. Après les Arts et Mé­tiers en juin, entre autres, la Fa­brique de l’In­dus­trie s’est pen­chée ce mer­credi sur la ques­tion alors que cer­tains ex­perts re­doutent que la ro­bo­ti­sa­tion de l’in­dus­trie (lien : http://www.latribune.fr/economie/france/2-4-millions-d-emplois-directement-menaces-par-la-revolution-numerique-en-france-572238.html) se tra­duise par une vague mas­sive de sup­pres­sions d’em­plois, no­tam­ment les moins qua­li­fiés.

« Cette crainte s’ex­plique assez fa­ci­le­ment. Le plus sou­vent, les des­truc­tions d’em­plois sont vi­sibles à proxi­mité des ro­bots, au sein même des usines. Il est plus dif­fi­cile de consta­ter les em­plois gé­né­rés par cette ro­bo­ti­sa­tion car ils ont été créés en de­hors de l’usine, dans d’autres sec­teurs« , ex­plique Denis Ranque, l’un des deux co­pré­si­dents de la Fa­brique de l’in­dus­trie, avec Louis Gal­lois.

Boule de cris­tal

Quels se­ront les mé­tiers de de­main ? Dif­fi­cile de le sa­voir avec cer­ti­tude, compte tenu des bou­le­ver­se­ments tech­no­lo­giques ac­tuels et pro­chains. Dans le nu­mé­rique, un nou­veau mé­tier ap­pa­raît tous les trois ans en moyenne selon le Syn­tec Nu­mé­rique.  » On ne connait pas 80% des mé­tiers qu’exer­ce­ront les en­fants au­jour­d’hui à l’école ma­ter­nelle« , pro­longe Denis Ranque.

En dépit de ces in­cer­ti­tudes, les en­tre­prises, avec les ter­ri­toires dont les pro­blé­ma­tiques éco­no­miques dif­fèrent, doivent an­ti­ci­per les mu­ta­tions à venir pro­vo­quées par le nu­mé­rique.  » Avec la conso­li­da­tion de l’in­ves­tis­se­ment, la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle doit être l’autre prio­rité des pou­voirs pu­blics et des en­tre­prises. Déjà, les mé­tiers changent très vite. ce sera en­core plus vrai dans le futur. Il faut donc que la for­ma­tion ini­tiale, la for­ma­tion conti­nue soient au centre de la stra­té­gie des en­tre­prises« , avance Louis Gal­lois qui, pour ser­vir cet ob­jec­tif, plaide en­core et en­core pour que les al­lè­ge­ments de charge ne concernent pas seule­ment les bas sa­laires mais éga­le­ment les em­plois plus qua­li­fiés.

Les robots supprimeront les emplois ? C'est l'une des nombreuses questions que soulèvent les changements technologiques en cours.
Les ro­bots sup­pri­me­ront les em­plois ? C’est l’une des nom­breuses ques­tions que sou­lèvent les chan­ge­ments tech­no­lo­giques en cours.
Dans son rap­port sur la com­pé­ti­ti­vité remis en 2012 à Jean-Marc Ay­rault alors Pre­mier mi­nistre, Louis Gal­lois avait ré­clamé la mise en place d’al­lè­ge­ments de charges pour les em­plois dont les sa­laires grim­paient jus­qu’à 3,5 Smic. Dans le cadre du Pacte de com­pé­ti­ti­vité, le gou­ver­ne­ment avait choisi l’op­tion du cré­dit d’im­pôt, a priori moins coû­teuse pour les fi­nances pu­bliques (lien : http://www.latribune.fr/economie/france/le-cice-un-scandale-d-etat-587387.html), ma­té­ria­li­sée par le cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vité et l’em­ploi (CICE), qui se li­mite aux sa­laires in­fé­rieurs à 2,5 Smic.

Se for­mer, en­core et tou­jours

En clair, parce qu’un sa­la­rié devra vrai­sem­bla­ble­ment chan­ger de mé­tier plus sou­vent qu’au­jourd’­hui, le ni­veau glo­bal de com­pé­tences des sa­la­riés doit aug­men­ter afin que leur em­ploya­bi­lité soit op­ti­male. Ceci est vrai pour les jeunes gé­né­ra­tions qui ar­ri­ve­ront pro­gres­si­ve­ment sur le mar­ché du tra­vail mais éga­le­ment pour les per­sonnes qui l’au­ront déjà in­té­gré. Dans ce contexte, l’école et l’en­tre­prise doivent se rap­pro­cher in­dique l’étude la Fa­brique de l’in­dus­trie, qui met en avant le concept d’usine-école à l’image de l’en­sei­gne­ment pra­ti­qué aux Arts et mé­tiers.

« Il y a pu avoir une sus­pi­cion de la part du monde de l’édu­ca­tion sur les in­ten­tions des in­dus­triels dans le do­maine de la for­ma­tion. Es­pé­rons que tout le monde avait bien com­pris que l’in­dus­trie n’avait pas de noirs des­seins. L’ob­jec­tif n’est pas de ga­gner une se­conde sur la ca­dence de pro­duc­tion mais de faire en sorte que les sa­la­riés soient le plus com­pé­tents pos­sibles« , ex­plique Denis Ranque. Dans les en­tre­prises, ces chan­ge­ments in­duisent une mo­di­fi­ca­tion de la gou­ver­nance. La hié­rar­chie ver­ti­cale pour­rait ne plus être adap­tée. En re­vanche, le think tank es­time que le tra­vail, plus in­di­vi­dua­lisé, doit être en­ca­dré dif­fé­rem­ment. A la ré­gu­la­tion hié­rar­chique doit se sub­sti­tuer une or­ga­ni­sa­tion plus » plate « , qui né­ces­site une ap­proche dif­fé­rente, proche du » coa­ching ».

A l’école, la fa­brique de l’In­dus­trie plaide pour une mo­di­fi­ca­tion des pra­tiques pé­da­go­giques. Les cours doivent-ils être moins théo­riques ? Moins ma­gis­traux ? Les ré­ponses ne sont pas dé­fi­ni­tives. En re­vanche, il est re­com­mandé de mettre l’ac­cent et de va­lo­ri­ser les ap­proches trans­ver­sales, le tra­vail en équipe, l’au­to­no­mie et l’ex­pé­ri­men­ta­tion.

Le rôle des par­te­naires so­ciaux

Alors que la ré­flexion est en cours, on l’aura com­pris, quel rôle peuvent jouer les par­te­naires so­ciaux et en par­ti­cu­lier les syn­di­cats de sa­la­riés ? « La trans­for­ma­tion nu­mé­rique pro­voque des bou­le­ver­se­ments dans les ha­bi­tudes de tra­vail. Elle offre plus d’au­to­no­mie aux sa­la­riés et les res­pon­sa­bi­lise da­van­tage qu’au­jourd’­hui. Or, plus de res­pon­sa­bi­li­tés, c’est aussi plus de pres­sion, le matin, le soir, le week-end ou pen­dant les va­cances. Parce que tous les gens ne sont pas égaux face à la pres­sion, il faut écou­ter les par­te­naires so­ciaux pour que le monde de de­main soit le plus apaisé pos­sible« , pro­longe Louis Gal­lois.

par Fa­bien Piliu
  • Tous droits réservés La Tribune 2016
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