Partager ou périr !

Partager ou périr !

Bruno Despujol / Associé du cabinet Oliver Wyman Le 18/11 à 16:30

 

L’économie collaborative, c’est tout simplement la troisième révolution digitale. Après les deux premières vagues d’internet, celle du « search » et celle des grandes plateformes transactionnelles (Amazon, booking…), cette nouvelle mutation de l’économie a bouleversé en moins de 5 ans des secteurs entiers.

Et tout porte à croire que nous n’avons encore rien vu. L’économie collaborative devrait multiplier sa valeur par 12 pour représenter 300 à 400 milliards de dollars d’ici neuf ans. Les plateformes les plus connues (BlaBlaCar ou Uber) ne doivent pas nous faire ignorer l’immense champ d’application de ces modèles qui vont également pénétrer la plupart des autres secteurs, de la finance à la logistique, en passant par les services professionnels jusqu’à l’éducation.

L’économie collaborative crée tous les jours de nouveaux standards de service et d’expérience client. Si ces plateformes offrent des prix incomparables, en moyenne de 20-50 % moins chers que les offres historiques, on sous-estime souvent la principale raison de leur succès : leur fort pouvoir émotionnel bouleverse les codes établis, avec des niveaux de satisfaction dépassant de plus d’un tiers la plupart des produits et services classiques.

La rupture est rapide. Chacun étant à la fois consommateur et producteur, l’adoption de ces offres va très vite : 22 % des Français interrogés (36 % sur les 18-24 ans) utilisent déjà l’un de ces services et 80 % pensent que ces nouveaux services vont leur faciliter la vie (Source : EcoScope juin 2015, le baromètre mensuel réalisé par OpinionWay pour Axys Consultants).

Du côté des entreprises, elles découvrent aussi qu’elles possèdent des actifs dormants. Les communautés en ligne telles que MICE et SharedOffices.com mettent en relation des entreprises de Dubai à Moscou pour partager des bureaux et des salles de réunion inoccupés. Flexe.com permet aux sociétés de partager leur entrepôt ou espace de stockage non utilisé, et ce dans plus de 200 villes aux États-Unis et au Canada grâce à sa plateforme en ligne. Les hôpitaux se prêtent les uns aux autres les équipements médicaux. Certains industriels examinent le potentiel de partager leurs lignes d’assemblage et leurs flottes de camions.

La conséquence est un choc d’offre souvent brutal. Car à la différence des vagues précédentes, cette nouvelle forme d’économie ne rajoute pas un intermédiaire malin qui capte une partie de la valeur d’un marché, mais crée de toutes pièces un des plus importants concurrents du secteur. En quelques années, ces acteurs peuvent prendre plus de 10 % de part d’un marché (BlaBlaCar, AirBnB, Ouicar, Lending Club). Quant aux marchés régulés, ils peuvent multiplier le marché tout simplement par 3 comme l’a fait Uber sur plusieurs villes aux États-Unis.

Certaines entreprises leaders dans leur secteur l’ont bien compris. Pour conserver leur position, elles s’adaptent à ce nouvel environnement et innovent. Environ 40 % de la valeur d’Amazon se base sur l’accès à d’autres produits à travers sa place de marché, plutôt que sur ses propres stocks. La chaîne d’hôtel AccorHotels propose désormais des chambres de chaînes hôtelières concurrentes via son site internet… Opel a lancé sa propre application d’auto-partage, permettant aux propriétaires d’Opel, mais pas seulement de louer leur voiture à des utilisateurs ponctuels. Daimler ou encore BMW aident leurs clients à louer leur véhicule quand ils ne l’utilisent pas.

Autre conséquence de taille : le salariat n’est plus forcément la norme dans ce nouvel environnement. 34 % des travailleurs américains (source : Upwork freelancing in America study octobre 2015) arrondissent leurs fins de mois grâce à l’économie collaborative et le nombre d’auto-entrepreneur ou freelance continue de progresser partout.

Peut-on voir dans cette nouvelle économie une opportunité de tirer la croissance et l’emploi ? Certainement, si nous sommes capables d’inventer une réglementation adaptée qui comprenne bien les ressorts de cette nouvelle économie. Ne retombons pas dans les travers du passé, quand l’innovation faisait peur et entraînait des dérives réglementaires : comme en 1865 au Royaume-Uni où le Locomotive act (red flag act) obligeait les véhicules auto propulsés à être précédés par une personne avec un drapeau rouge.

L’économie collaborative révolutionne la façon dont on achète ou vend, les services qu’on utilise ou fournit, et finalement notre rapport à la possession, à la transaction et aux autres.

Pour chaque entreprise, la course pour garder sa place et profiter de ces nouvelles zones de croissance est lancée. L’économie du partage n’est pas qu’une tendance, mais bien une nouvelle façon de « faire du business ». Pour ceux qui ne prendront pas le train en marche, d’autres prendront leur place :  partager ou périr !

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s