Start-up, Brexit, République numérique: Axelle Lemaire au service de l’attractivité française.

Votée à l’unanimité au Sénat fin septembre, promulguée le 7 octobre, la loi pour une République numérique est, selon sa créatrice, une étape-clé pour marquer des points d’attractivité.

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Axelle Lemaire

Axelle Lemaire, la geek de la république

BERTRAND GUAY / AFP

Axelle Lemaire n’est pas peu fière: les 110 articles de sa loi pour une République numérique ont été adoptés à l’unanimité au début du mois, et publiés au Journal officiel du 8 octobre. Ni polémique ni recours à l’article 49.3, contrairement à la loi Macron. C’est « assez rare en cette période », s’amuse la secrétaire d’Etat chargée du Numérique et de l’Innovation – cette dernière responsabilité lui ayant été attribuée après le départ de l’ancien ministre de l’Economie. Un soulagement pour la Franco-Canadienne, qui ne s’en est pas cachée. « On travaille mieux au gouvernement quand on travaille ensemble », glisse-t-elle malicieusement.

Application cruciale

Maintenant, elle n’entend pas relâcher l’effort et souhaite publier les 40 décrets d’application nécessaires à sa mise en oeuvre dans les six prochains mois. « Cette étape est moins visible que les débats à l’Assemblée nationale et au Sénat, mais elle n’en est pas moins essentielle », dit-elle. Le texte redéfinit le cadre de l’utilisation des données – « la ressource- clé du XXIe siècle » – pour les particuliers comme pour les professionnels. Il instaure l’open data des administrations publiques, qui devront diffuser toutes leurs données, car « plus elles circulent, plus elles créent de la valeur ». Autre volet: le renforcement des pouvoirs de sanction de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui pourra désormais infliger des amendes jusqu’à 3 millions d’euros. « Il ne peut pas y avoir d’essor de l’économie numérique si les internautes n’ont pas confiance dans la protection de leurs données personnelles », analyse la secrétaire d’Etat. La loi va aussi renforcer la protection des données personnelles et accroître la véracité des avis en ligne (sur les restaurants ou les hôtels, par exemple).

Première législative

Avec ce texte, Axelle Lemaire avait trois objectifs en tête: « La croissance, la confiance et l’inclusion », résume-t-elle. Sans oublier de mettre aussi l’accent sur le développement de la fibre grâce au plan France très haut débit.

La plus grande originalité de sa loi? C’est d’avoir été en partie réalisée grâce à une consultation en ligne auprès de plus de 20.000 contributeurs. Une première dans l’histoire du travail législatif. Ainsi, c’est un internaute qui a proposé que l’esport (les compétitions de jeux vidéo) soit reconnu comme une discipline à part entière et que les joueurs professionnels bénéficient d’un statut. Un signe positif, car, en France, « le jeu vidéo souffre d’un déficit de reconnaissance en tant que pratique culturelle, alors que c’est le second loisir des Français derrière la lecture, souligne Axelle Lemaire. Il faut valoriser celles et ceux qui participent à ces compétitions. »

Pour elle, le bilan est concluant: « Nous avons démontré que, s’il y a un risque à coécrire un texte avec le public, cela peut être aussi un pari gagnant. » Une façon de recréer un lien avec les citoyens en dehors du rythme des élections, et de mettre la démocratie à l’heure de l’économie collaborative. « Un rendez-vous électoral tous les cinq ans, ça ne suffit plus. » Cette démarche participative a séduit au-delà du Parti socialiste. Ainsi, Alain Juppé souhaite la reprendre à son compte. Un signe de convergence? Pas vraiment. « J’ai lu le programme d’Alain Juppé et je suis frappée de constater que toutes les actions mises en oeuvre par le gouvernement sont reprises sous forme de propositions programmatiques, mais avec une ambition moindre. »

Atout post-Brexit

A l’heure du Brexit, la loi sur la République numérique est un atout supplémentaire pour Paris, estime Axelle Lemaire. « Certains pays ont envoyé des bus à Shoreditch [Londres] pour convaincre les start-up de se délocaliser. Ce n’est pas ma méthode, je préfère miser sur la confiance dans l’écosystème d’innovation français, fondée sur des faits objectifs. » La ministre, qui a longtemps vécu à Londres, espère tirer avantage du vote des Britanniques. « Mettre en oeuvre des politiques d’innovation n’a aucun sens si on n’a pas pour priorité qu’elles profitent au plus grand nombre, souligne-t-elle. Une partie de la population britannique a dit non à un monde ouvert et globalisé sur lequel elle n’a aucun contrôle, dont elle sent qu’elle ne profite pas. »

Axelle Lemaire fait valoir la croissance des investissements de capital-risque en France dans les start-up ainsi que des financements disponibles pour recruter les meilleurs talents. « Les choses ont beaucoup changé depuis 2012, quand déménager dans la Silicon Valley était vécu comme une fatalité par les start-up françaises en croissance », se souvient-elle. Dans la foulée de François Hollande, elle défend une ligne dure dans le post- Brexit. Pour elle, pas d’ouverture du marché unique sans la libre circulation des personnes. « Il n’y a pas et il n’y aura pas d’accès au marché intérieur à la carte! Nous serons intransigeants. »

Making of de cette rencontre
Nous avons rencontré Axelle Lemaire le 20 octobre, à Bercy. Dans son bureau, un MacBook sur une pile de dossiers, un néon rouge vertical, des photos de ses enfants face à l’iconique enceinte Phantom de Devialet, un énorme coq rouge, logo de la French Tech. Et une peluche des Lapins crétins… Cette vraie geek avoue qu’elle apprécie la Paris Games Week, où elle était attendue le 26 : « Un de mes rendez-vous annuels préférés, car l’ambiance y est électrique. »

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