LA MÉDITATION PLEINE CONSCIENCE fait rimer business avec sagesse

Les bienfaits de cette pratique sont validés par de nombreuses études scientifiques. Et par des cadres, qui ne jurent que par elle pour améliorer concentration et bien-être psychique.

FOU D’IMAGES N e faites rien. Portez votre attention sur la respiration.» Assis en tailleur, les yeux fermés, le coach Domi ni que Re toux livre, d’une voix calme, la consigne à une douzaine de personnes, posées comme lui sur des tatamis orange. Dans cette salle au décor zen du 11e arrondissement de Paris, un public de cadres et d’employés de tous âges, composé majo ri tai rement de femmes, profite de la pause-déjeuner pour s’accorder un moment contemplatif. De puis deux ans, les adep tes de la méditation pleine cons cience sont de plus en plus nombreux. Le principe de cette discipline en plein essor : mobiliser son attention sur sa respiration ou une partie de son corps et se concentrer sur ses sensations, sans penser à la présentation importante, ou au rendez-vous crucial, qui nous attend dans trois heures.

ARME ANTISTRESS. La méditation pleine conscience (ou mindfullness) n’a aucune connotation religieuse. Apparue il y a trente-cinq ans aux Etats-Unis et initialement destinée à réduire le stress des patients et du personnel dans les hôpitaux, elle s’est élargie à tous les secteurs. De grandes entreprises comme Unibail-Rodamco, la Maif ou Sodexo la proposent aujour d’hui à leurs salariés. A l’instar des dirigeants de grande entreprise, comme Delphine Ernotte (France Té lévisions), de Jean-François Rial (Voya geurs du Monde) ou du chef étoilé Thierry Marx, de nombreuses personnalités la pra tiquent. Et des études scien ti fi ques ont validé les bénéfices qu’apporte sa pratique régulière : réduction du stress, amélioration de la con centra tion, contrôle des émotions…

BONUS CRÉATIF. Aldric, jeune designer en agence de commu nication, souligne ses effets bénéfiques sur la concentration : « Elle m’aide dans mon travail de création, mon esprit est moins tourmenté par les soucis matériels. » Tous les mindfullers ont constaté qu’ils parvenaient à calmer le « babillage mental » pour mieux focaliser leur attention et être plus efficace et créatif. Si la méditation n’est pas un moyen de traiter le burn-out, auquel un salarié sur cinq se dit exposé, elle peut le prévenir : « Sa pratique vous aide à prendre conscience du problème, elle active vos signaux d’alerte avant qu’il ne soit trop tard », affirme Véronique, chargée de projet dans un organisme de formation et pratiquante convaincue.

SOUS LA DOUCHE. La méditation pleine conscience peut se pratiquer à peu près n’importe où – dans les transports en commun, sous la dou che ou dans les embouteil lages – puisqu’elle se résume à un exer cice de respiration de quel ques minutes, accompagné parfois d’un mouvement physique. Si vous avez la bougeotte, adoptez la « marche méditative ». Elle consiste à se con centrer sur ses pas. Christopher Gué rin, DG Eu rope de Nexans (spécialiste des câ bles), profite pour sa part de ses trajets en TGV ou en avion « pour réapprendre à connecter corps, sensations et pensées ». Lui qui avait tendance à fonctionner « en pilotage automatique » estime « avoir développé une présence consciente et sereine qui a recentré son action sur l’essentiel ».

Mais utiliser la méditation pour sim plement être plus performant et moins stressé au boulot serait la dévoyer. Selon le moine bouddhiste Matthieu Ricard, qui participait l’automne dernier à une conférence sur la méditation pleine conscience en entreprise, la pratique doit inclure la bienveillance. Parmi les exer cices qu’il préconise : faire revivre l’amour bienveillant en pensant à un être cher. Puis éten dre mentalement ce sentiment à une personne moins proche et, enfin, à un individu que vous ne portez pas dans votre cœur. Cela ne prend qu’une dizaine de minutes.

COMMUNICATION APAISÉE. Selon la recherche scientifique américaine, la pratique répétée de la méditation changerait le métabolisme de notre cerveau (moin dre altération de la matière grise, développement de l’hippocampe impliqué dans le processus de mémorisation, rétrécissement de l’amygdale qui gère les émotions…) et modifierait notre comportement. Plus attentif aux autres et plus conscient des enjeux, le manager adepte de mindfullness communique de manière plus appropriée. Pour autant, ce n’est pas un manager « bisounours ». Isabelle, cadre dans une ban que, n’hésite pas à exprimer son désaccord avec ses collaborateurs. Mais sans agressivité. « Ma communication est apaisée, je pose les mots qu’il faut. » «Au final, la qualité du collectif se renforce», souligne Sébas tien Henry, exdirecteur d’une société de formation, devenu coach pour aider des dirigeants à tirer parti des bienfaits de la méditation.

Les décideurs auraient d’ai l leurs bien besoin de gagner en bienveillance. Leur ennemi à eux, c’est un ego surdimensionné. La méditation permet de s’en détacher et de gagner en lucidité. Moins obsédés par leur intérêt individuel, les dirigeants qui s’adonne régulièrement à la méditation pleine conscience prendraient des décisions plus justes. Et pourraient alors faire rimer business avec sagesse. I

par Bruno Askenazi

Management

  • N° 18
  • jeudi 27 octobre 2016
  • Édition(s) : Edition principale
  • Pages 34-35
  • 1216 mots
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