Heureux comme un Français en Allemagne

Ils sont jeunes, qua­li­fiés, sou­vent bi­lingues. Ils ont un point com­mun : avoir choisi d’exer­cer leur mé­tier en Al­le­magne.

—Deut­schland­funk Co­logne

Sur l’écran de la so­ciété Sa­therm, près de Sar­re­louis [l’une des prin­ci­pales villes du Land de la Sarre, en Al­le­magne], cli­gnotent des co­lonnes de chiffres, des codes, des dé­no­mi­na­tions de pro­duit. La so­ciété s’oc­cupe de pièces dé­ta­chées. Clients et four­nis­seurs sou­haitent avoir des in­for­ma­tions dans leur langue ma­ter­nelle, ex­plique Boris Haaf, le di­rec­teur. « Il faut être tri­lingue pour tra­vailler ici, parce que nous avons des clients fran­çais, des four­nis­seurs et des fa­bri­cants al­le­mands, et qu’il faut aussi par­ler an­glais de temps en temps. »

« Il faut être trilingue pour travailler ici »

Boris Haaf, DI­reC­teur De SA­therm Le per­son­nel est com­posé à 60 % de Fran­çais de la ré­gion fron­ta­lière, en grande ma­jo­rité des jeunes de moins de 30 ans. L’am­biance est dé­con­trac­tée, on se tu­toie. Ils ont tous cher­ché un em­ploi en Al­le­magne. Pa­trice, par exemple. « Ça s’ex­plique en pre­mier lieu parce que j’ai grandi avec les deux langues. Quand j’ai cher­ché du tra­vail, j’ai voulu ex­ploi­ter toutes les pos­si­bi­li­tés et avoir plus de choix. »Il y avait aussi des postes en France pour un lin­guiste, mais dif­fé­rents. « Oui, il y en a, mais moins et pas aussi in­té­res­sants. »

Les autres sa­la­riés de Sa­therm sont du même avis. « J’ai fait plu­sieurs stages en Al­le­magne et j’ai tou­jours voulu tra­vailler là-bas », dé­clare Julie. Elle a fait des études de ma­na­ge­ment franco-al­le­mand à Metz et n’a ja­mais cher­ché d’em­ploi en France. Et elle quit­te­rait vo­lon­tiers la ré­gion, la zone fron­tière franco-al­le­mande, si l’oc­ca­sion se pré­sen­tait. « J’ai passé un an à Franc­fort et j’adore cette ville. »

Dix-huit mille Fran­çais pro­fitent chaque jour des pos­si­bi­li­tés que leur offre la si­tua­tion géo­gra­phique. Ils ha­bitent en France et tra­vaillent dans la Sarre, quitte à avoir un temps de tra­jet plus long. Tho­mas, un spé­cia­liste de la lo­gis­tique, a lui aussi tou­jours voulu tra­vailler en Al­le­magne. « Ça m’in­té­resse plus, c’était lo­gique pour moi. »Quit­ter son en­vi­ron­ne­ment ha­bi­tuel pour cher­cher son ave­nir pro­fes­sion­nel à Mu­nich, à Ham­bourg ou à Dresde était une évi­dence pour lui. La ré­gion fron­ta­lière ni­velle les dif­fé­rences cultu­relles – en ad­met­tant qu’elles de­meurent dans l’en­tre­prise.

Le niveau des salaires est plus élevé qu’en France pour les titulaires d’un diplôme professionnel

Simon, lui, n’a aucun lien avec la ré­gion. Il vient des en­vi­rons de Lille, où il suit une for­ma­tion d’in­gé­nieur chez Re­nault, qui com­porte un stage obli­ga­toire de plu­sieurs mois à l’étran­ger. « C’est un plus de faire un stage dans une en­tre­prise al­le­mande », confie-t-il, mais beau­coup de ses ca­ma­rades n’ont pas suivi son exemple. « On est trente-trois dans la classe, dont quatre en Al­le­magne. »

Le ni­veau des sa­laires al­le­mands est plus élevé qu’en France pour les per­sonnes ti­tu­laires d’un di­plôme pro­fes­sion­nel, dé­clare Jenny. « On gagne beau­coup plus en Al­le­magne. »En France, même les per­sonnes ayant fait des études su­pé­rieures ne dé­passent sou­vent pas le Smic. C’est un gros pro­blème, dé­clare Pa­trice. “Dans la plu­part des cas, trop sou­vent on ne voit même pas de so­lu­tions.” Le sa­laire mi­ni­mum est ac­tuel­le­ment de 9,76 euros brut par heure pour les em­ployés non qua­li­fiés en France, ce qui est re­la­ti­ve­ment élevé par rap­port au reste de l’Eu­rope. Mais il s’ac­com­pagne sou­vent de pers­pec­tives de pro­gres­sion li­mi­tées, ce qui est tout sauf in­té­res­sant pour les jeunes di­plô­més, qu’ils viennent des fi­lières tech­niques ou de l’en­sei­gne­ment gé­né­ral.

par —Tonia Koch
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