Investir dans le capital humain reste primordial

Il demeure crucial de mettre en place des politiques offrant un accès égalitaire à la sécurité de l’emploi

La mondialisation et les nouvelles technologies réduisent la demande pour certains types d’emplois tout en accroissant la demande pour d’autres. Les perdants sont les travailleurs dotés de compétences spécialisées qui sont peu à peu remplacés par des machines, ou les travailleurs opérant dans des secteurs directement mis à mal par la compétition mondiale. Parmi les gagnants, on trouve les travailleurs possédant des qualifications qui bénéficient directement des nouvelles technologies ou de la mondialisation. Ceux-là sont très visibles.

Mais d’autres sont dispersés ou invisibles. D’une façon générale, ces bénéficiaires invisibles ont profité des nouvelles technologies et de la mondialisation par le biais de la baisse des prix des produits et des services. Les consommateurs peuvent acheter ce qu’ils achetaient auparavant, mais il leur reste une partie de leurs revenus pour s’offrir d’autres biens et services ; ils ont ainsi vu leur niveau de vie progresser. Plutôt que de retarder ou d’empêcher les changements par des approches protectionnistes, il est préférable de mettre en place des politiques capables de venir en aide à ceux qui sont touchés de manière négative. Ces politiques doivent avoir pour objectif de faire accepter les changements par ceux qui sont touchés.

La démonstration a été largement faite que l’investissement dans le capital humain est d’une importance primordiale pour la réussite et la productivité de la vie adulte d’un individu. Effectuer au bon moment, tout au long du cycle de formation, les bons investissements dans les aptitudes et capacités d’un individu peut avoir des effets durables. Des interventions bien conçues peuvent atténuer en partie, voire contrebalancer totalement les handicaps de ceux qui n’ont pas -bénéficié au départ d’un investissement adéquat dans leur capital humain. En particulier des investissements appropriés dans la petite enfance constituent la méthode la plus économique pour réduire les inégalités des chances. Même à l’âge adulte, des politiques bien pensées et bien contextualisées peuvent -atténuer ou combler ces handicaps. Par ailleurs, un monde en évolution rapide exige une adaptation permanente. C’est pourquoi il est recommandé de mettre en place un système dynamique d’éducation et de formation professionnelle continue prévoyant des interactions constantes entre périodes scolaires et stages en entreprise.
Réduire les risques
Hormis l’éducation, un accès adéquat à la sécurité de l’emploi et des revenus pour l’ensemble de la population active sur tous les marchés du travail est absolument crucial. Il s’agit de réduire les risques dans certains secteurs pâtissant d’un manque de protection et d’augmenter les possibilités de mobilité et de transition. En termes de réformes institutionnelles, cela implique d’instaurer tout d’abord un système souple de protection de l’emploi, afin d’accroître la possibilité d’accéder à des contrats permanents et à des emplois stables dans des secteurs largement marqués par la précarité ; ensuite une couverture véritablement universelle de l’assurance-chômage et de l’assistance sociale ; et enfin des programmes efficaces de retour à l’emploi, parmi lesquels le recyclage professionnel des travailleurs adultes écartés de l’emploi par les évolutions du marché du travail. Nous devons cependant être conscients des différences entre les pays en termes de développement, de ressources et de traditions institutionnelles. Si des principes généraux de protection peuvent être formulés à un niveau global, ils doivent être adaptés aux conditions nationales en ayant recours à la fois à la législation et à la négociation collective.

par Werner Eichhorst et Andre Portela Souza

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/10/12/emploi-l-investissement-dans-le-capital-humain-est-primordial_5012354_3232.html

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