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La recette danoise pour approcher du plein-emploi.

La « flexisécurité » et un bon dialogue social expliquent en partie la réussite du Danemark dans la lutte contre le chômage. La faiblesse des investissements des entreprises joue aussi, non sans risques pour la croissance.

Riga (Lettonie)

De notre correspondant régional

La banque centrale du Danemark l’affirmait dans un rapport, le 14 septembre, le plein-emploi est quasiment de retour dans le royaume. « Pour la première fois depuis la crise financière de 2008, le nombre de chômeurs danois est tombé à un niveau tel qu’une réduction supplémentaire ferait pression sur le marché du travail », écrit-elle. Et l’institution de mettre en garde contre une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs.

Directeur d’une organisation regroupant quelque 200 transporteurs de la région de la capitale, Copenhague, Anders Due partage ce constat : « Nos membres ont du mal à recruter des chauffeurs qualifiés. Certains ont même dû immobiliser des camions. »

Selon la banque centrale, 4,2 % de la population active danoise était au chômage à fin du 2e trimestre. Soit 113 000 chômeurs pour 2,8 millions actifs exerçant un emploi et une population totale de 5,7 millions de personnes.

Parmi les explications, certaines sont structurelles, comme la « flexisécurité ». Typiquement danois, ce dispositif repose sur trois éléments : une flexibilité aiguë, qui permet à un employeur d’embaucher et licencier rapidement pour coller à la conjoncture changeante ; un filet de sécurité fourni par un système de protection sociale généreux ; et une activation rapide des chômeurs pour leur trouver au plus vite un nouvel emploi.

« Cet élément clé fonctionne bien », estime Thomas Søby, économiste en chef à Dansk Metal, le syndicat des métallurgistes. Durant la dernière crise, le taux de chômage est resté inférieur à 6,5 %.

Par ailleurs, le marché du travail est fondé sur un dialogue soutenu entre syndicats et organisations d’employeurs. « Tous les deux-trois ans, nous nous entendons sur les salaires, les congés et autres, et nous nous y tenons, ce qui réduit les risques de conflits et concourt à un climat favorable à l’activité économique », pointe Thomas Søby.

De plus, forts d’un taux de syndicalisation d’environ 65 %, les syndicats ont jusqu’à présent évité la création de « mini-jobs » mal payés, comme il en existe dans d’autres pays de l’Union européenne. « Il y a toutefois quelques problèmes dans l’agriculture, avec la main-d’œuvre d’Europe de l’Est », nuance le syndicaliste.

« Dans le modèle danois financé par une forte fiscalité, le niveau des allocations est élevé, si bien que les bas salaires doivent rester supérieurs à ce niveau pour inciter à travailler », ajoute Steen Bocian, économiste en chef à la Confédération des entreprises danoises.

D’après lui, il y a une autre explication, plus conjoncturelle et moins positive, au quasi-plein-emploi : la faible croissance des investissements et de la productivité, ces dernières années. « Plutôt que d’investir dans de nouveaux équipements, beaucoup de firmes choisissent d’employer du personnel. À terme, c’est préoccupant pour leur productivité face à la concurrence étrangère et pour la croissance économique du pays », argumente-t-il.

D’ailleurs, note-t-il, « si l’emploi augmente, le taux de croissance (1,2 % l’an dernier, idem prévu cette année) est encore inférieur à avant la crise » de 2008. « Ce n’est pas soutenable, juge-t-il. Il y a un risque de surchauffe du marché du travail, avec une spirale des salaires et un atterrissage douloureux. »

Fin août, le gouvernement libéral a présenté des réformes censées répondre, entre autres, à ce défi. Ainsi a-t-il proposé des incitations fiscales pour favoriser l’investissement. Et « le passage de l’âge de la retraite à 67 ans et demi d’ici à 2025 », détaille Mads Lundby Hansen, du laboratoire d’idées Cepos (libéral), qui aurait préféré « plus d’ambition ».

Bon nombre d’employeurs voudraient aussi que le pays ouvre davantage ses portes à la main-d’œuvre qualifiée originaire de pays non membres de l’UE. Surtout depuis que le gouvernement, en juin, a supprimé la « green card » destinée à ce type de travailleurs.

Enfin, divers experts relèvent que la non-appartenance du pays à la zone euro n’a pas d’incidence sur l’emploi. « Notre monnaie est liée à l’euro avec une marge étroite de fluctuation de 2,25 %, observe Steen Bocian. Cela ne permet aucune flexibilité. »

par Antoine Jacob
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