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Économie collaborative : les excès d’un modèle.

En l’espace d’une décennie, l’économie collaborative est passée du temps des pionniers à celui des financiers. Les idéaux de départ subsistent chez certains, mais le secteur est dominé par quelques géants.

On connaît l’histoire : en 2007, le site Airbnb a été créé par deux jeunes entrepreneurs américains qui ont constaté la difficulté à se loger à San Francisco. À l’époque, il s’agissait de partager son canapé, de rendre service en gagnant un peu d’argent. Neuf ans plus tard, l’entreprise est valorisée plus de 25 milliards de dollars (22 milliards d’euros).

Même chose avec Uber qui a été créé en 2009 comme une plate-forme de mise en relation d’automobilistes avec des passagers. Sept ans après, la start-up vaut plus de 62 milliards de dollars (55 milliards d’euros), un chiffre stupéfiant si l’on songe qu’Uber ne possède pas une seule voiture…

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Des multipropriétaires sur Airbnb

Les deux plates-formes symbolisent la réussite fulgurante de l’économie collaborative. Leur modèle a inspiré de nombreux entrepreneurs dans le monde entier. Mais en même temps, ces deux entreprises semblent s’être éloignées de leurs idéaux fondateurs : favoriser les rencontres et consommer à petit prix, dans un esprit de partage et de sauvegarde de l’environnement.

Il est vite apparu que le système pouvait faire florès. Pour changer d’échelle, Airbnb comme Uber ont alors accepté que les fournisseurs de service ne soient plus seulement des particuliers qui veulent arrondir leur fin de mois, mais des professionnels. Sur Airbnb, il se trouve ainsi des multipropriétaires qui louent un appartement toute l’année. Et chez Uber, les voitures appartiennent souvent à des sociétés qui emploient des chauffeurs salariés.

« Airbnb ou Uber ne sont plus réellement de l’économie collaborative, qui était censée rapprocher le producteur d’un service de son utilisateur, estime Gaëtan de Sainte ­Marie, coauteur d’un livre sur le sujet (1). À partir d’une certaine taille, on ne peut que s’éloigner de cet état d’esprit, de la notion de communauté. »

Certaines entreprises sont tout de même restées proches des idéaux des débuts, tout en ayant réussi à grandir. C’est le cas de BlaBlaCar, qui fait du covoiturage, ou de La ruche qui dit oui, qui permet d’acheter des productions agricoles locales. Mais avec la croissance rapide du secteur, il arrive aussi que le système déraille.

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C’est ce qui vient de se produire chez LendingClub, aux États-Unis. Cette plate-forme, créée par le Français Renaud Laplanche, passait aussi pour une belle réussite de l’économie collaborative, en permettant des prêts entre particuliers. Le doute, cependant, vient de gagner les actionnaires alors que le fondateur a outrepassé les règles internes en vendant l’équivalent de 19 millions d’euros à un même investisseur. Il a été aussitôt renvoyé et le cours de l’entreprise a chuté. Emportée par une croissance trop rapide, l’entreprise s’était, elle aussi, éloignée de ses principes fondateurs, jusqu’à la faute.

Alain Guillemoles

(1) « Ensemble on va plus loin », Gaëtan de Sainte Marie et Antoine Pivot, Éd. Alisio, 22 €, 288 p.

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