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Comment attirer et retenir les « cerveaux » en France?

Le sujet est « sensible », voire « anxiogène » en France, « car traditionnellement, nous ne sommes pas un pays d’émigration ». C’est ce que reconnaît Étienne Wasmer, à propos de l’étude (1) sur la fuite des cerveaux publiée le 17 mai par le Conseil d’analyse économique (CAE, rattaché au premier ministre), dont il est coauteur. C’est aussi un sujet à double face, puisque ce travail porte aussi bien sur les Français partis vivre à l’étranger que sur les « talents » internationaux attirés par l’Hexagone.

Plus de trois millions de personnes nées en France sont installées à l’étranger, d’après l’Insee. « Les craintes sur l’expatriation des cerveaux doivent être relativisées, insistent d’emblée les auteurs. Le flux net de l’expatriation a certes doublé en quelques années, mais les taux d’émigration restent très en deçà de nos voisins européens. Par ailleurs, les entrées nettes de personnes qualifiées à l’étranger font plus que compenser l’émigration de personnes nées en France. » Sans oublier le rayonnement (culturel, commercial…) de la France apporté par ces départs de l’Hexagone.

Les étudiants étrangers restent moins après leurs études qu’ailleurs

Ce constat a priori rassurant revêt néanmoins des sujets d’inquiétude. Les auteurs soulignent en effet que « la mobilité internationale croissante des qualifiés touche (…) de façon plus importante les départs que les arrivées ». Et la France « parvient moins bien que d’autres pays à retenir ses étudiants étrangers » après leur diplôme. Un diagnostic préoccupant alors que le marché du travail est mondialisé.

Cet état des lieux conduit les auteurs à préconiser « une stratégie cohérente visant (…) à encourager le retour des qualifiés et les arrivées de personnes qualifiées de niveau équivalent ». Première piste d’action : renforcer l’attractivité de l’université française, « non pas seulement par sa gratuité, mais aussi par la qualité de ses formations et de ses conditions d’accueil ». L’étude suggère que les frais d’inscription des étudiants non originaires de l’UE soient fixés librement par les universités concernées, à charge à elles de les recevoir à la hauteur des frais ainsi exigés.

Inciter le retour des expatriés

L’environnement administratif doit aussi être amélioré (attribution des visas…). Pour Cecilia Garcia-Penalosa, coauteur de l’étude, « un haut diplômé qui conserve un bon souvenir de son accueil comme étudiant sera d’autant plus incité, par la suite, à implanter un centre de décision de son employeur dans le pays qui l’a accueilli ».

Pour accroître l’attractivité de l’Hexagone, l’étude propose aussi de simplifier le système de retraite français et d’instaurer une « portabilité » des droits à la retraite d’un pays à l’autre, favorisant ainsi la circulation des talents, avec un passage par la « case » France.

Les expatriés français ne sauraient être négligés, presse également la note, qui propose plusieurs mesures à leur égard. Objectif : renforcer à travers eux le rayonnement de la France et les inciter à revenir un jour, pour éviter que l’État « finance des dépenses d’éducation pour des individus qui ne contribueront pas à la croissance nationale ».

Marie Dancer

(1) « Préparer la France à la mobilité internationale des talents », note du CAE, mai 2016, Étienne Wasmer et Cecilia Garcia-Penalosa.

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