David Rottmann, consultant, cabinet CMI : « L’innovation des territoires ruraux passe par l’ouverture au monde. »

Le Commissariat général à l’égalité des territoires (Cget) a publié en juin 2015 une étude intitulée « Innovation et territoires de faible densité » qui montre que des zones rurales a priori défavorisées peuvent faire preuve d’innovation. David Rottmann, un des auteurs de ce travail, en tire les principales leçons.

 

David Rottmann, consultant, cabinet CMI :  « L'innovation des territoires ruraux passe par l'ouverture au monde. »

Quel était le point de départ de cette étude ?

On considère en général, que l’innovation se développe d’autant mieux là où il y a concentration de matière grise et de dynamisme : entreprises, réseaux d’information, universités, chercheurs, laboratoires… C’est donc un phénomène essentiellement urbain. À l’initiative du Cget, nous avons réfléchi aux processus d’innovation dans les espaces de faible densité. Pour définir ces derniers, nous avons établi une carte de France des espaces a priori défavorables à l’innovation : ceux qui sont éloignés d’un grand marché de consommation et des réseaux routiers ou d’information, là où il n’y a pas ou peu de laboratoires, etc. Cette carte de la faible densité des sources d’innovation recouvre en partie la carte des faibles densités démographiques mais pas seulement. Nous avons alors constitué une base de données d’une centaine d’innovations qui sont nées dans ces espaces défavorisés et avons étudié en détail quinze d’entre elles. Nous avons essayé de comprendre comment, là où il ne devrait rien se passer, des innovations ont pu émerger.

Qu’avez-vous constaté ?

Qu’il y a divers leviers d’innovation. Certains sont communs à tous les territoires, mais d’autres sont propres aux territoires à faible densité. Parmi les premiers, je citerai l’existence d’une culture de l’expérimentation. Parmi les seconds, la volonté de surmonter des handicaps. C’est ainsi qu’on voit des territoires ruraux créer des partenariats stratégiques soit avec d’autres territoires, soit avec des réseaux spécifiques. Un territoire comme celui de Seine Aval, par exemple, appuie le développement d’innovations sur la complémentarité entre une ville et sa campagne, tandis que le projet Agripolis à Surgères (Charente-Maritime) mobilise le réseau national des industries meunières et laitières. Cette dimension est essentielle. Tous les territoires qui innovent sortent de leurs frontières et l’innovation passe par l’ouverture au monde. On en a un excellent exemple avec le petit village de Vannes-le-Châtel en Lorraine (580 habitants) dans lequel s’est créé le Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers. Il reçoit des étudiants du monde entier, dispose d’une renommée internationale et projette même de créer une antenne en région parisienne !

Y-a-t-il différents types de territoires innovants ?

Nous en avons repéré trois. Le premier est le « territoire pépite » qui se spécialise pour être le meilleur dans un domaine bien précis (c’est le cas du village lorrain que nous venons de citer). Il y a aussi le « territoire laboratoire » où, face à des besoins locaux bien analysés on expérimente des solutions originales. C’est le cas par exemple de la Biovallée dans la Drôme. Enfin il y a le « territoire coopératif » où l’innovation s’appuie en grande partie sur des coopérations avec d’autres territoires ou avec des acteurs extérieurs.

Comment mieux soutenir l’innovation dans ces espaces ?

Alors que ces territoires recouvrent 86 % du territoire national et qu’ils accueillent 41 % de la population, on observe que peu de politiques de soutien à l’innovation ciblent aujourd’hui ces espaces. Il faut donc revoir les modalités de détection, d’accompagnement, de sélection et de financement des projets. En France on soutient trop ceux qui ont déjà réussi. Lorsqu’on lance un appel à projets on a tendance à sécuriser et donc à ne pas financer des idées qui peuvent paraître loufoques… On demande des business plan à 5 ans alors que l’innovation c’est en partie l’inconnu ! On refuse le risque, y compris le risque d’échouer. Or si vous n’échouez pas, c’est que vous n’innovez pas assez ! En réalité on ne finance pas vraiment l’innovation. Il faut donc accepter le droit à l’échec, le droit à l’erreur. Bref, il faut assumer le risque réel de l’innovation.

En savoir plus :

L’étude demandée par le Cget « Innovation et territoires de faible densité »
La synthèse de l’étude

 

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